SAGESSE NOUVEAUTES
LE PROJET
DAS PROJEKT
IL PROGETTO
SAGESSE LES ARCHIVES
C.R.C.
C.R.E.S.C.
U.R.A.C.
SAGESSE NOUVEAUTES
Neuf titres parus voir le site des Presses de la Renaissance :
http://www.presses-renaissance.fr/Catalogue/ConstrucCata_02.html

LE DISCERNEMENT DES ESPRITS Un Chartreux Collection : Spiritualité Thème : Spiritualité 132 x 201 mm 168 p. Juin 2003 ISBN : 2-85616-907-4

La vie spirituelle consiste à se laisser conduire par l'Esprit. Mais comment venir à la lumière lorsque nos passions nous aveuglent et que le mal se cache sous l'apparence du bien ? Comment distinguer, parmi les pensées et les émotions qui nous traversent, celles qu'il faut suivre de celles qu'il faut fuir ?
L'auteur, un moine chartreux contemporain et psychologue, traite ici ce délicat sujet avec clarté et retrace l'évolution des critères de discernement depuis la Bible jusqu'à la psychologie moderne. Il donne ainsi des clés essentielles pour perfectionner son jugement et évoluer dans la vie morale et spirituelle.
Ce livre de sagesse chrétienne nous permet de savoir d'où viennent et où peuvent nous mener nos pensées et nos désirs. Il nous apprend à nous mettre à l'écoute de notre voix intérieure et de notre conscience.
Un Chartreux
L’auteur est un moine contemporain qui a exercé plusieurs fonctions dans l’ordre des Chartreux. Il est notamment père maître des novices depuis près de trente ans. Pour respecter son désir de vivre retiré, ce livre est publié sans nom d’auteur.

Avant-propos

DANS TINTIN AU TIBET, MILOU, ALORS QU’IL EST FATIGUÉ DE GRIMPER et qu’il meurt de soif, entre dans le combat spirituel. Il est tenté de boire l’alcool qui coule du sac à dos du capitaine Haddock. Dès mon enfance, j’ai été frappé de voir que le petit diablotin qui lui apparaît lui suggère des pensées néfastes sous l’apparence d’un bien : « C’est bon, ça, l’alcool ! Ça donne du cœur au ventre ! » insinue-t-il à Milou.
Et c’est ici que surgit la question du discernement des esprits qui nous fait distinguer l’épreuve, laquelle conduit à la croissance et à la vie, de la tentation, laquelle conduit au péché et à la mort. Reconnaissons-le : si le mal se présentait à nous sous la forme du mal, nous le rejetterions plus facilement. Mais le fait est que la tentation est menteuse. Son objet est apparemment « bon, séduisant à voir, désirable » (Gn 3, 6), alors qu’en réalité son fruit est la mort. Le diable ne se présente donc jamais à visage découvert. Pour arriver à ses fins et se faire accepter, le Malin se déguise en ange de lumière, comme l’affirme saint Paul (voir 2 Cor 11, 14).
Dans le cas de Milou, on saisirait pleinement la difficulté du discernement si, au lieu de dessiner un ange et un diablotin, Hergé avait dessiné deux anges de lumière en glissant juste un petit indice permettant de discerner – justement – le vrai ange de celui qui prétend l’être. Le jeu des sept erreurs en quelque sorte. Mais il aurait été alors difficile pour le lecteur de saisir du premier coup d’œil où voulait en venir l’illustrateur. J’avoue que, pour notre couverture, nous avons suivi le concept d’Hergé dans le même souci de commodité visuelle.

Le chartreux qui a écrit ce livrre est un homme habitué au combat spirituel. Nombre de novices ont fait leurs armes avec lui. Il nous offre ici les critères de discernement issus de la longue tradition chrétienne et monastique, sans oublier d’intégrer les fruits de la psychologie contemporaine. Alors que ce qu’il a écrit s’adressait originellement au noviciat, je n’ai pu m’empêcher, en lisant le manuscrit, de transposer naturellement son enseignement non seulement au combat qui se passe en nous qui sommes dans le monde, mais aux situations conflictuelles auxquelles nous pouvons être confrontés au sein de notre famille, dans l’entreprise, entre groupes sociaux et sur le plan international. La capacité de discerner les esprits, nos pensées, pour savoir si elles sont de Dieu ou non, et par conséquent savoir si nous devons y consentir ou leur résister, est donc plus que jamais d’actualité.

Thierry PAILLARD
1 L’école du Saint-Esprit

LA MÉLODIE DIVINE
LA VOIE VERS LE PÈRE, C’EST LE CHRIST. IL FAUT LE SUIVRE et tel est notre désir le plus profond. Mais nous sommes comme ces personnes qui viennent d’écouter une symphonie sans avoir aucune connaissance musicale. Nous sommes émus. Des cordes, inconnues jusqu’alors, se mettent à vibrer en nous. Une aspiration à créer la beauté s’empare de nous. Mais ce n’est qu’une velléité car nous ne savons comment faire, les lois de la musique nous étant cachées. Et si jamais nous arrivons à les apprendre, nous découvrons que nous ne sommes pas des musiciens : il nous manque cette sensibilité à la beauté sonore et cette inspiration pour la communiquer, qui font le véritable artiste.
Ainsi sommes-nous devant cette mélodie inégalable qui est le Christ. « Suis-moi », dit-il. « Aimez, comme moi j’ai aimé. »
Nous le voudrions bien, Seigneur ! Nous avons tout laissé (au moins en intention). Mais nous ne sommes pas toi. Nous ne sommes pas des « musiciens » de talent. Nous ne sommes que de pauvres pécheurs, faibles entre les plus faibles. D’ailleurs même le plus fort d’entre nous est radicalement incapable d’« être parfait comme le Père est parfait » (Mt 5, 48). Tu nous appelles à une participation à la nature divine (2 P 1, 4), à la communion intime avec la Sainte-Trinité. C’est une question d’ontologie, d’être. Nous ne sommes pas à cette hauteur-là, ni aucune créature, même le plus grand des anges.

LE DON DE L’ESPRIT

Mais justement, tu savais cela et tu nous as fait le don extraordinaire de ton propre Esprit à qui tu as confié le soin de notre sanctification, car c’est une œuvre toute d’amour. Qui pourrait donc mieux la réaliser que Lui, qui naît éternellement de l’amour t’unissant au Père ?
Ainsi devenus, par l’action de l’Esprit-Saint, fils adoptifs dans le Fils, nous entrons dans l’échange prodigieux de connaissance et d’amour qui s’opère entre les personnes de la Sainte-Trinité et qui est la vie intime de Dieu, la réalité ultime de l’être. À cette fin, la grâce sanctifiante nous élève au niveau de l’être divin au plus profond de notre cœur. Par les vertus théologales1 de foi, d’espérance et de charité, infusées en nous à notre baptême, nous avons vraiment le pouvoir de connaître Dieu, de la connaissance qu’il a de lui-même (fût-ce sous un mode obscur en cette vie), et de l’aimer de l’amour dont il s’aime. Essayons de saisir qu’il ne s’agit pas de quelque ersatz ou imitation, mais de la connaissance et de l’amour divins. Cette connaissance et cet amour sont uns et uniques. En fin de compte, c’est Dieu qui se connaît et s’aime en nous ; autant dire que Dieu vit en nous de sa propre vie. Et pourtant c’est nous qui vivons cette vie. C’est cela l’incroyable don de Dieu.
Mais ce don est reçu dans notre nature d’homme, limitée et blessée par le péché (voir 2 Co 4, 7). Nous sommes comme des enfants à qui on aurait donné la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. Nous ne savons qu’épeler l’une ou l’autre lettre, au mieux lire quelques mots. Notre effort pour vivre notre vie divine, aussi longtemps que celle-ci n’est éclairée que par la lumière obscure de la foi (si précieuse mais si ténébreuse dans sa sublimité) et par celle de la raison, ne peut être que fort imparfait. D’autant que restent des blessures en notre nature, qui obscurcissent notre esprit et mettent mille obstacles entre notre volonté et nos actes. Au fond, Dieu seul est à la hauteur de Dieu. Seul l’Esprit-Saint peut nous guérir et nous faire vivre selon la plénitude de la grâce que nous avons reçue. Pas seulement au ciel, mais aussi ici et maintenant. Nous sommes enfants de Dieu, et c’est ainsi que nous voulons et devons vivre. Toute notre vie n’est-elle pas une lente naissance à la vie divine ? Une nouvelle création, mais qui ne se fait pas sans notre coopération ?

Voilà le drame. D’un côté, notre liberté fragile, notre esprit grossier, étourdi par le bruit des sens et du monde. De l’autre, la vie merveilleuse que nous portons en nous, vie divine, éternelle, animée par l’Esprit-Saint. L’Esprit en effet ne gît pas passivement en nous, car Amour, Vie, Lumière, il est Dieu. Non seulement il nous donne de participer à la nature divine dans le sens d’un enrichissement ontologique, inouï, mais encore il est principe d’amour et de lumière, agissant constamment en nous par des impulsions dans la volonté et par des lumières dans l’intelligence. Il nous aide à vivre selon ce que nous sommes. « Ceux-là sont enfants de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu » (Rm 8, 14).

------------------------------------------------------------------------

1. Les vertus théologales sont au nombre de trois : la foi, l’espérance et la charité. Elles sont appelées « théologales » car elles ont Dieu (theos en grec) pour origine, motif et objet. (N.d.É.) Voir aussi Catéchisme de l’Église catholique, n° 1812-1813.

MonasticonCart
Créé11/07/03 Modifié 26/04/07